Leila’s Brothers de Saeed Roustaee

À seulement 33 ans et déjà trois films,  Saeed Roustaee fait partie des cinéastes à suivre de très près. Après un premier film « Life and a day » sorti en 2016 que peu de gens ont eu la chance de voir et ce même en VOD, le cinéaste iranien explose avec son second film  » La loi de Téhéran » en 2019, thriller implacable sur un détective travaillant aux stups. Sélectionné à la Mostra de Venise et remportant un immense succès en France et en particulier à Reims Polar, où le film remporte le grand prix et le prix de la critique, ponctué par un jolie succès en salle. En 2022, Saeed Roustaee revient avec Leila’s Brothers, troisième film présenté en compétition à Cannes. Il aurait amplement mérité de repartir avec la plus belle des distinctions « La palme d’or », malheureusement Vincent Lindon et son jury en on décidés autrement. Cela est regrettable, devant tant de maîtrise. Le film débute par l’arrêt brutal d’une usine et le soulèvement des employés. Dans le vacarme et la répression, Alireza n’a d’autre choix que de rentrer chez lui. Une famille composée de 4 frères et une sœur, vivant avec le patriache Heshmat, l’immense Saeed Poursamimi qui se rêvait au sommet du patriarcat devient enfin le parrain. Non, vous n’êtes pas dans un film de l’immense Francis Ford Coppola ou devant la série « Succession ». Une grande diatribe sur la situation économique du pays dû aux sanctions des États-Unis, dévalorisant en fonction des jours le Rial Iranien. Mais aussi sur la répression et la place de la femme dans la société et ces dogmes d’un autre temps. Les thèmes déployés au cours des 2h45 sont tout bonnements impressionnants, il pourrait se perdre dans son propos, il n’en est rien, la finesse et l’intelligence de l’écriture de Saeed Roustaee bouleverse. Porté par une distribution incroyable que l’on retrouvait déjà dans les précédents films du réalisateur en la personne de Navid Mohammadzadeh qui interprète Alireza l’aîné des frères. On retrouve aussi le grand Payman Maadi remarquable. Mais comme présenté sur l’affiche du film, le rôle prépondérant dont la raison et le bon sens illumine le long métrage revient à cette femme, cette soeur qui tente de surnager pour faire en sorte que la famille ne tombe pas plus bas dans les tréfonds de la société iranienne. Ma petite entreprise familiale aimerait ne pas connaître la crise, c’est sûrement ce que se dit Leila qui tente de maintenir l’équilibre d’une famille fracturée par les traditions et le poid d’une dette familiale quand cela ne vient pas de la bêtise et la fainéantise de ses frères. L’interprétation sublime de Taraneh Alidoosti, représente l’un des plus beaux rôles féminins vu au cinéma ces dix dernières années. La mise en scène est époustouflante. Tantôt théâtrale quand il s’agit des longs plans séquences dans la maison où se mélange via un sens remarquable du montage des moments flamboyants, en particulier la sublime et dévastatrice scène du mariage. Rarement une mise en scène a été à ce point en phase avec son récit en 2022. Poétique, enivrant, drôle et profondément inquiétant Leila’s Brothers est une œuvre importante et tout bonnement passionnante. Où même sa longueur n’altère en rien le plaisir de vouloir revoir le film, bien au contraire. Voici une des œuvres cinématographiques la plus marquante de l’année. Du grand, du très grand cinéma qui malgré les soubresauts de la bourse ne se dévalorisa jamais.

Ma Note

5/5

Bande-annonce