H.R. GIGER

Hansruedi Giger est mondialement connu grâce à Alien de Ridley Scott sortie en 1979. Le film qui a changé à jamais la physionomie de la science-fiction contemporaine : il a crée un nouveau concept de terreur spatiale, de peur de l’inconnu, mis en valeur par l’image d’un être aux dimensions mythologiques devenu finalement le monstre contemporain le plus célèbre. Jamais Giger n’avait imaginé que son monstre pouvait parvenir à une telle célébrité, capable même d’éclipser le reste de son travail.

 

 

C’est en 1968 que Giger attire l’attention de Bruno Bischofberger, le galerie le plus important de Suisse, qui édite un de ses premiers ensembles de sérigraphies, Biomechanoiden, aux étranges fusions morphologiques d’anatomies humaines et d’éléments industriels. Dès la fin des années 60, des posters de ses œuvres, comme Birth Machine de 1967, se diffusent parmi les jeunes du monde entier à des milliers d’exemplaires. Le groupe rock de l’époque font appel a lui pour concevoir la pochette de leurs disques, comme Brain Salad Sugery en 1973 du groupe britannique de rock progressif Emerson, Lake and Palmer. Ses illustrations sont publiées par la revue française la plus avant-gardiste en matière d’art fantastique : Métal Hurlant… La carrière de Giger suit un rythme effréné pendant les années 70, et il affirme sa place sur la scène européenne, en marge des modes et des tendances, en développant un style propre qu’il baptise biomécanique: fusion du monde organique  et de l’univers technologique, des anatomies et des machines. Objets industriels, métal corrodé, chair putréfiée et sale, en symbiose et en métamorphose constantes, engendrant malaise et inquiétude, sont les traits caractéristiques que l’on retrouve un peu partout dans l’imaginaire du créateur suisse. Giger aborde au travers de l’univers biomécanique bien des problèmes qui frappent le monde actuel : pollution, violence surpopulation, guerres, épidémies, tortures, dépendance à la technologie…20170627_151831

Sa vision dérange car elle traduit un monde tumultueux, infernal parfois, qui soulève des doutes terribles sur l’existence humaine et son futur, que l’artiste explora sans relâche tout au long de sa carrière. Malgré cette vision sombre et sceptique de l’humanité, Giger a toujours montré un talent inné, consolidé par sa formation en conception graphique et en architecture, pour combiner beauté et laideur.20170627_152640

Giger collabore à une multitude de productions cinématographiques en tant que concepteur de créatures fantastiques et de montres, et comme conseiller créatif et artiste conceptuel. Mais en dépit de sa participation à différents projets, sa relation avec le cinéma a été l’histoire d’une rencontre toujours manquée : projets avortés comme Dune, The Tourist, Dead Star. Ou alors idées mal exploitées Poltergeist 2, La Mutante, et problèmes de financement pour Alien 3. Seule sa collaboration avec Ridley Scott pout Alien, peut être considérée comme fructueuse, les deux créateurs s’étant parfaitement compris. Le fait est que l’énorme potentiel créatif de Giger a été très mal exploité par Hollywood, et ses idées n’ont été portées à l’écran que de manière distante et partielle.20170627_152837

Son art subversif et sa capacité à explorer les parties reculées de la psyché n’ont pas été bien compris par le cinéma, forme de spectacle et de création artistique bien trop conservatrice où les directeurs des studios n’acceptent pas que l’on sorte du rang.

On pourrait affirmer que la relation de Giger avec l’univers du cinéma a été plutôt malchanceuse. Il a réalisé pour Poltergeist 2 de Brian Gibson, sortie en 1986 de nombreuses créations de monstres, de personnages morts et de vues de cavernes souterraines, qui ont été interprétées de manière incorrecte par l’équipe chargée des effets spéciaux. En dépit de ces difficultés, le film a été nominé pour l’Oscar des effets spéciaux. Giger a crée pour le film japonais Teito Monogatari d’ Akio Jissoji en 1988 le monstre Goho Doji, mais la réalisation du film se révèlera décevante. La partie artistique de La Mutante de Roger Donaldson sortie en 1995, a été sévèrement critiquées par Giger, qui s’était rendu compte que la plupart de ses idées avaient été ignorées, et qui avait compris qu’on avait utilisé son nom comme une publicité. Quoi qu’il en soit c’est lui qui a crée la créature qui est le personnage central de ce film, Sil une extraterrestre aussi belle que terrible, disposant de sa langue comme d’une arme létale. Enfin, ce qui est le plus frappant, c’est qu’en dépit d’un travail salué pour Alien, il n’a quasiment pas participé aux films de la saga, à l’exception d’une brève collaboration à la production problématique d’Alien 3 de David Fincher en 1992, pour laquelle il devait recréer sa création, en lui donnant un aspect félin. Beaucoup de cinéastes ont évidemment préféré réaliser eux-mêmes des créations à la Giger, à partir de leurs propres concepts sur la biomécanique, et en réinterprétant l’univers extraterrestre. Et le fait est que les créateurs et concepteurs du cinéma n’ont cessé de copier et d’assimiler les idées de Giger lorsqu’ils ont dû représenter des rejetons monstrueux et des environnements lugubres.

Le projet probablement le plus important, et en même temps le plus frustrant auquel Giger ait participé, a été l’adaptation cinématographique du roman de Frank Herbert, Dune, qu’Alejendro Jodorowsky n’a pas pu mener à bien par manque de financement, en 1975. Film qui aurait du précéder la sortie du célèbre Star Wars  de George Lucas sortie en 1977. Pour Jodorowsky, Dune allait devenir une grande oeuvre artistique, aux fortes connotations mystiques et mythologiques. Afin de l’adapter au grand écran, il réunit les artistes les plus remarquables du moment, comme Moebius, Chris Foss et Giger. Le créateur suisse est engagé pour la préproduction de Dune grâce à la recommandation de Salvador Dali, qui rencontre Jodorowsky à Paris à une exposition sur le Diable dans la galerie de Bijan Aalam. Sa tâche consistait à concevoir la planète Giedo Prime et le monde décadent des Harkonnen, craints pour leurs pratiques sexuelles déplaisantes et leurs horribles habitudes.

Ridley Scott a ensuite repris ce projet et a aussi contacté Giger, mais lui non plus n’a pas concrétisé l’idée. Malgré le nouvel échec du projet, Giger est parvenu à conserver les droits d’auteur sur ses créations, et il a ainsi pu les matérialiser en marge du film, ce qui impliquait de rendre les traits caractéristiques de ses peintures en 3 dimensions, ce qui se concrétisera par un mobilier. Le résultat, on l’observe avec les chaises de l’Environnement Harkonnen en 1982, où il a une fois de plus appliqué son concept biomécanique : côtés, crânes et vertèbres, intégrés au métal.th

 

Les années 70 ont été une étape extrêmement créative dans le parcours de Giger. En septembre 1977 figurait en couverture du numéro 21 de Métal Hurlant la peinture Baphomet de 1975, représentant une figure iconique liée à l’occultiste français du XIXe siècle, Eliphas Lévi. On y voit la tête de l’énigmatique figure du Diable représenté sous forme de bouc. Au-dessus se trouve une figure féminine, qui dessine avec ses membres étendus et avec des cornes du bouc une étoile à 5 branches, élément magique par excellence dont la structure géométrique symbolise le microcosme et l’harmonie, et qui est l’expression abstraite du nombre d’or. Baphomet incarne également l’antagonisme et la fatalité, l’irrévérencieux et le transgresseur, le discrédit de la réalité. Il s’agissait d’une approche moderne du mythe qui actualisait d’anciennes traditions, en s’associant dans les années soixante-dix à la fascination pour la figure de Satan et à la prolifération de l’ésotérisme au sein de la culture populaire, renforcée par le cinéma et par les rock stars et le hava metal. Cette mystérieuse icône figurera par ailleurs sur la couverture du livre Giger le plus important : le Necronomicon, qui sera publié à l’étranger et traduit en plusieurs langues.

Outre son intérêt pour la magie, la littérature ésotérique, les œuvres d’Aleister Crowley ou de Gustav Meyrin, Giger a été très influencé à cette époque par H.P Lovecraft. Evoquer le Necronomicon, c’est faire apparaître le lien qui existe de façon évidente entre Giger et l’écrivain de Providence, qui a développé dans son oeuvre la terreur cosmique, une forme nouvelle d’horreur, inspirée par le folklore et les Grands Anciens, composée de récits emplis de terreur et de mystère. L’horreur est pour Lovecraft innommable, profonde et pénétrante, tentaculaire, visqueuse et abjecte. Les créatures de Giger illustrent la terreur réaliste et l’ambiance créées par Lovecraft, en particulier au travers des monstres, des êtres qui échappent à notre raison, insatiables, retors, écailleux et rebelles. Dans sa série Necronom en 1976, défilent des créatures anthropomorphes aux crocs castrateurs et aux exosquelettes, à la fois menaçantes, effrayantes et pleines d’un érotisme décadent. Ce sont ces œuvres qui ont captivé Ridley Scott, qui porte évidemment en germe le monstre d’Alien.

 

Carlos Arenas 

 

BIO 

1940 
Naissance le 5 Février à Chur  (Suisse)

1964 
S’installe à Zurich.
Réalise ses premiers dessins à l’encre, et crée ses premières oeuvres en polyester

1962 – 1965 
Élève à l’école des arts décoratifs de Zurich, au département d’architecture intérieur et de dessin industriel(1 an d’études générales suivies de 3 ans d’études spécialisées. 

1977
Se voit confier la commande de dessins pour la pré-production du film Alien de Ridley Scott.
Le livre H.R. Giger’s Necronomicon est publié en plusieurs langues 

1980
Reçoit l’Oscar des meilleurs effets visuels à Hollywood pour sa participation à Alien.

1992
Inauguration du premier Bar Giger en Suisse dans sa ville natale de Chur 

1998
Ouverture partielle du musée H.R. Giger au château Saint-Germain au coeur de la cité médiévale de Gruyères en Suisse.

2003
Inauguration du H.R. Giger Museum Bar au musée de Gruyères 

2014
Hansruedi Giger décède le lundi 12 Mai à l’âge de 74 ans.

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